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Nelson Goerner trouve enfin un label à la mesure de son talent" // Le Soir

En signant un premier disque chez Zig-Zag Territoires (Outhere), le pianiste argentin Nelson Goerner, 44 ans, trouve enfin un label à la mesure de son talent. Un label qui cherche les artistes véritables, comme Amandine Beyer, Yuri Martynov, le quatuor Belcea ou Jos van Immerseel plutôt que les coups commerciaux. 

On retrouve ici condensé ce qui nous séduit depuis longtemps chez ce musicien intègre : une densité, une culture du son et une énergie qui traduisent toutes une forme d'urgence et de nécessité à aller au fond des oeuvres. C'était déjà flagrant avec ses "Nocturnes" de Chopin qu'il enregistrait naguère sur un Pleyel de 1848, irradiant de couleurs sombres et hallucinées les affres d'un poète maudit plutôt que d'un musicien de salon, avec un impact sonore qui renvoyait les grandes pages de Liszt au rang de figures de style.
On retrouve cet élan dans son Debussy, retranché toutefois de tous les excès du romantisme. Reste cette gangue sonore dune densité inouïe qui vous saisit physiquement d'emblée et introduit une longue introspection sonore jusqu'au feu de joie de "L'Isle joyeuse". On sait gré à Nelson Goerner d'avoir réintroduit les "Études", le testament musical de Debussy, dans un grand continuum et non comme une excroissance absconse d'une oeuvre qui se serait finalement achevée avec les "Préludes" qui les précèdent. On y retrouve, porté au plus haut, l'entrelacs des plans sonores qui entretiennent les uns avec les autres un colloque singulier dont ne filtre pour l'auditeur que le mystère fait musique - une métaphysique du son. Mais jamais le pianiste ne renonce à leur dimension charnelle, suave, sensuelle. Nous ne sommes pas ici dans une épure définitive à la Michelangeli, une architecture tranchante à la Zimerman. C'est l'artiste au clavier, de chair et d'os, qui se laisse saisir dans l'introspection infinie de son intimité et nous transfuse son inextinguible énergie.
Le Soir